Réforme du collège: et si on en parlait sérieusement? (partie 2)

L’angle mort de l’éducation prioritaire

Plus j’y réfléchis, plus je me dis que le malaise que j’ai pu ressentir vis-à-vis de cette réforme, du moins vis à vis du volet des langues vivantes,  concerne les effets involontaires qu’elle risque de provoquer dans les zones qu’elle est justement censée aider. C’est un peu ennuyeux… Encore une fois, je regarde cette réforme par le prisme que je connais le mieux, celui des langues vivantes, et plus particulièrement de l’allemand. La suppression sèche des bilangues aurait eu pour effet la suppression de l’allemand LV1 (qui ne se porte déjà pas très bien) et le ministère a donc décidé d’assouplir un peu la mesure en liant l’existence des bilangues à l’enseignement de l’allemand en CM2. Le problème, c’est qu’on manque cruellement de PE habilités à enseigner l’allemand et qu’on ne nous autorise pas, pour l’instant, à y aller nous-mêmes. La conséquence prévisible, c’est que plus encore qu’ailleurs, on est à peu près sûrs que les zones d’éducation prioritaire ne bénéficieront plus des dispositifs bilangues, où ils sont pourtant nombreux et servent à maintenir un peu de mixité sociale notamment, mais pas seulement. Même effet dommageable pour les sections européennes. Je me demande donc s’il ne serait pas pertinent, dans de tels endroits, de maintenir de telles sections. Donner plus à ceux qui ont moins … C’est cela, l’équité: arrêter d’être « indifférent aux différences », selon l’expression chère à Bourdieu, et donner les moyens à ceux qui partent désavantagés d’avoir réellement les mêmes chances que les autres. En tout cas, la situation est involontairement cocasse et montre qu’une approche centrée sur l’élimination des facteurs les plus susceptibles de développer les inégalités scolaires est insuffisante, parce qu’elle finit par occulter les spécificités et les besoins des établissements relevant de l’éducation prioritaire. Jouer sur le seul levier des options, en les supprimant, ne mettra pas fin aux problèmes qu’on y rencontre régulièrement. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que, dans un premier temps, j’ai signé une pétition réclamant le maintien des bilangues. Mais il est temps de se pencher sur les alternatives.

Et maintenant? Les enjeux pour le développement de l’allemand

Ces derniers temps, j’ai souvent, à mon grand dépit, entendu que les problèmes de recrutement d’élèves pour l’allemand ne commençaient certainement pas avec la réforme. C’est tout à fait vrai. Il n’empêche que derrière cette objection de bon sens (ne pas tout mettre sur le dos de la réforme), j’entendais souvent la phrase qui, pour moi, allait avec: « on se moque de votre sort ». Actuellement, il me semble que bon nombre de collègues très investis dans la promotion de la langue allemande, sont dans cet état d’esprit. Il me paraîtrait judicieux que le ministère se penche sérieusement sur les manières de nous aider un peu à trouver des solutions pour démocratiser l’apprentissage des langues à faible diffusion plutôt que de répéter quelques phrases (« l’allemand n’est pas menacé ») qui demeureront sans effet.

Parmi les leviers possibles que je vais citer, beaucoup sont déjà utilisés, mais d’autres demanderaient à être bien davantage développés (et cela ne peut pas venir que des bonnes volontés locales):

  • développer systématiquement les jumelages entre établissements, y compris les échanges en tiers lieu pour les établissements les moins favorisés.
  • permettre aux professeurs des lycées et collèges d’aller initier les élèves de primaire à la langue!
  • développer des formations communes aux professeurs des écoles et de collèges pour mieux se connaître
  • développer les projets linguistiques interdegrés
  • développer fortement l’enseignement de l’allemand en lycée professionnel! Actuellement, des élèves de collèges germanistes sont contraints d’arrêter en seconde pro faute d’enseignement de l’allemand dans l’établissement.
  • faire appel à des partenaires extérieurs et développer les visites d’entreprises allemandes.

Bon, tout ceci est également une sorte de to-do-list personnelle… Parce que cette réforme est aussi l’occasion de se bouger et de faire bouger les choses!

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