Réforme du collège: et si on en parlait sérieusement? (partie 3)

Le risque de concurrence entre les disciplines

Cette réforme a suscité et continue de susciter nombre de réactions épidermiques en raison des inquiétudes qu’elle fait naître pour les horaires de chaque discipline, et donc, in fine, pour les postes d’enseignants. Et soyons honnêtes, c’est difficile de les balayer d’un revers de main en les qualifiant d’injustifiées . Le résultat, c’est qu’on assiste à une nouvelle illustration de la saillie d’André Gide: « En cas de conteste, la victoire le plus souvent demeure à celui qui parle le plus fort ou le plus longtemps, ou le dernier. ». Et à ce petit jeu, nos collègues de sciences semblent avoir perdu, puisque ce sont les seuls à ne pas avoir obtenu grand-chose . On peut légitimement s’interroger sur la pertinence de ce choix, surtout quand on connaît l’urgence d’élever le niveau de culture scientifique de nos élèves et de la société française.

Et le pire,c’est que ce petit jeu va sans doute continuer lorsqu’il faudra se répartir les fameuses « marges profs » par matière, et la concurrence entre disciplines risque de nuire gravement à la bonne marche des établissements, qui ont besoin d’une coopération étroite des enseignants entre eux. Mais est-ce vraiment la faute de la réforme?

Et si la réforme n’y était pour rien?

C’est bien cette mise en concurrence que lui reprochent nombre de ses détracteurs et ils s’appuient dessus pour réclamer son retrait. Mais si le constat est réel, il n’est pas nouveau, et chaque nouvelle réforme fabrique son lot de mécontents de ce point de vue. C’est donc que le problème est ailleurs, bien qu’il soit toujours possible de rétorquer que nos dirigeants sont tous plus mauvais les uns que les autres.

Toute réforme qui prétend toucher au pédagogique se heurte à deux obstacles majeurs de notre système, qui vont finalement de pair: l’identité professionnelle des professeurs du secondaire, définie exclusivement par la discipline enseignée, et les statuts de la profession qui, bien qu’un peu dépoussiérés dernièrement, continuent à graviter autour de cette contrainte forte.

Les statuts des enseignants continuent donc d’être principalement définis par les 15 ou 18 heures hebdomadaires passées devant les élèves, ce qui a le double inconvénient de ne pas rendre compte de tout le travail fourni et d’imposer une organisation des emplois du temps bien trop rigide, qui impose systématiquement de prendre un peu à Pierre si on veut donner un peu plus à Paul.

A cette rigidité pesante, s’ajoute le refus assez général (hors PLP et professeurs d’histoire géographie) de la bivalence, qui pourrait être une solution, si l’on souhaite conserver des statuts qui gravitent autour du disciplinaire. A défaut, nos conditions de travail continueront de se dégrader (toujours plus de compléments de service, de polémiques entre collègues pour savoir qui récupèrera telle heure de décharge ou de vaisselle, etc) et nous n’aurons plus qu’à continuer de déplorer le manque de moyens ou la surdité de nos dirigeants pour exprimer notre désarroi…

A la croisée des chemins

S’il est évident que la réforme pose directement ou indirectement quelques problèmes non négligeables, j’y suis néanmoins favorable, et d’abord parce que je pense qu’elle va nous contraindre à repenser le métier et ses finalités, dans l’intérêt des élèves. On a le choix entre se regarder perdre petit à petit le contrôle sur notre métier, s’accrocher à des dispositifs qui nous font du mal et nous épuisent ou s’approprier une nouvelle organisation du métier, plus souple, qui sans faire de la profession un sacerdoce, nous permettrait d’être plus efficaces et de mieux mesurer les effets de nos démarches sur les apprentissages de nos élèves.

Le serpent de mer de l’autonomie des établissements

La souplesse de certains dispositifs de la réforme (je pense aux EPI) devrait permettre à chaque établissement de coller aux besoins locaux, et c’est exactement la direction dans laquelle il faut aller, si on veut que notre système éducatif aille mieux. Pour que cela fonctionne, il faudrait surmonter notre passion pour l’égalité, que nous confondons fréquemment avec l’équité. Elle prend souvent le dessus pour rejeter toute velléité d’accorder davantage d’autonomie aux établissements, alors même que nous acceptons sans problème que les établissements d’éducation prioritaire soient mieux dotés… Allons jusqu’au bout et reconnaissons que nos élèves n’ont pas tous les mêmes besoins. Cela ne signifie certainement pas, contrairement à ce que suggère un article affligeant, que selon l’établissement, on étudiera Voltaire ou on laissera les élèves tomber dans les filets de Dieudonné… « L’indifférence aux différences », c’est penser qu’il suffit d’étudier la même chose partout pour garantir les mêmes acquis.

Acceptons de laisser une grande marge de manoeuvre aux établissements pour l’organisation des emplois du temps de la même manière que les EPI laissent une liberté de choix, et de faire un peu confiance aussi aux personnes avec lesquelles nous travaillons! C’est le choix que je fais, en soutenant cette réforme malgré tout. Vous pouvez le faire ici, en signant cette pétition.

Merci à Emilie pour sa relecture et ses précieuses suggestions.

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One response to “Réforme du collège: et si on en parlait sérieusement? (partie 3)

  • Lemercier

    Bonjour,

    Vos réflexions sont très motivantes et « apaisantes » au milieu du brouhaha général. J’aimerais discuter de cela avec vous et des projets en rapport avec cette réforme que nous avons au sein des Editions Hatier pour lesquelles j’occupe le poste de responsable des langues. N’hésitez pas à me contacter !

    Franck Lemercier

    J'aime

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