Sur la corde raide: le délicat apprentissage de l’autorité éducative: partie 2

Ecueil n°2: « Tous des cons sauf moi! » Le déni, une arme à double tranchant
Quand ça se passe mal en classe, surtout pour un stagiaire, on a tendance à développer des mécanismes de défense pour aider à évacuer provisoirement l’insupportable. L’un d’entre eux est bien connu. Si ça va mal, c’est de la faute des élèves qui sont mal élevés « n’ont pas les codes », sont ignares et feignants ont beaucoup de lacunes et ne travaillent pas à la maison, de l’administration et des CPE qui ne font pas leur travail (forcément), de l’inspection qui n’est pas « sur le terrain », de ce collègue, là, qui s’en sort trop bien avec cette classe… Bref, tout le monde y passe du moment que ce n’est pas nous. Je crois que j’étais imprégnée de ce cliché avant même de rentrer dans le métier, et il n’est donc pas étonnant que je l’aie un peu développé pendant cette année de stage. Ce mécanisme protège seulement provisoirement, parce qu’il empêche dans le même temps, non d’écouter, mais d’entendre les conseils judicieux qui peuvent être donnés ou d’apprendre à observer ce qui pèche, ce qui empêche toute démarche réflexive. Ce mécanisme est extrêmement difficile à déconstruire, cela m’a pris plusieurs années (et quelque part, j’achève ici ce travail). Et il l’est d’autant plus que la culpabilisation des personnels qui rencontrent des difficultés (c’est à dire tout le monde à un moment donné, hein) est encore prégnante dans notre institution et que l’aide proposée en formation se résume quelquefois à des formules imprudentes et un peu courtes, d’une grande violence pour qui les reçoit. Et finalement, ceux qui m’ont aidée à entamer ce travail de déconstruction, ce sont… mes élèves.
Écueil n° 3: « Devant les élèves, il faut jouer un rôle »
J’avoue que je ne sais pas trop où je suis allée chercher cette idée à la con. Sûrement quelque part entre  » j’accueille les élèves avec le visage le plus désagréable possible » (celle là je l’ai entendue!) et « il ne faut pas sourire avant décembre ». Bon. De tout cela, j’ai compris qu’il fallait être sérieux et mettre de la distance entre soi et les élèves. Et vu ce que j’ai écrit précédemment, vous devinerez sans peine qu’effectivement, je n’ai pas beaucoup souri avant décembre. LE truc qui ne me ressemble pas du tout, quoi! Sur la durée, on ne peut pas tricher face aux élèves, tout le monde en conviendra. Plus vite on le comprend, mieux on se sent. Attention, surjouer peut être utile et même recommandé parfois: surjouer la colère avant de l’être vraiment aide à maîtriser la situation en prévenant les mots malheureux. C’est s’interdire d’être soi qui est dangereux. Je m’en suis aperçue la première fois que j’ai ri avec une de mes classes difficiles: c’était… pfiou, bien après la fin du premier trimestre. Et je me souviens que ce jour-là, la tension qui est retombée, on l’a tous sentie. Eux comme moi.

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One response to “Sur la corde raide: le délicat apprentissage de l’autorité éducative: partie 2

  • AUBRY Philippe

    les mécanismes de protections ne font que rajouter des couches éloignant les uns des autres, empêchant toute rencontre authentique des êtres. Si chacun est dans un rôle avec des simulacres, la scolarité devient une pièce de théâtre sans originalité et des milliers de fois jouées.
    La plus belle façon de rencontrer l’autre, l’élève, est de se rencontrer soi à travers le miroir que sont les élèves.
    A ce stade il est bien nécessaire d’avoir quelques connaissances en psychologie humaine et mécanismes relationnels, simples à acquérir, mais hélas pas dispensées dans la formation des enseignants.
    Le rapport enseignant-élève est le prolongement du rapport parents-enfant, dans lequel l’autorité revêt un enjeu essentiel, selon la façon dont elle est pratiquée au sein de la famille. Je ne crois pas que l’enseignant doive se substituer à l’éducation parentale, chacun son rôle. Il est donc indispensable d’apprendre l’éducation en famille pour que la tâche des enseignants soit facilitée et pour exercer le métier autrement qu’en-saignant ….

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