On achève bien la formation des enseignants

J’ai vu Guillaume Caron faire repasser son excellent billet « Je suis un enfant des IUFM », où il relativise le tombereau de critiques subies par les instituts universitaires de formation des maîtres. Et dans la continuité de mes billets sur l’apprentissage de l’autorité, j’ai eu envie de mettre en forme la colère qui me monte encore au nez lorsque les conditions d’entrée dans le métier d’enseignant de 2010 à 2012 sont évoquées. Trois générations de stagiaires sacrifiées, jetées dans le grand bain à temps plein avec une formation sommaire s’ajoutant au temps complet. Et qui n’avaient guère le loisir de réfléchir à autre chose qu’à « qu’est-ce que je vais faire la semaine prochaine » ou « vais-je arriver à corriger toutes ces copies ET à dormir? ». Alors, il y a ceux pour qui c’est passé: les personnes plus intuitives, plus à l’aise pour des tas de raisons, et qui souvent ont eu la chance aussi d’être nommés dans des établissements « favorisés ». Et il y a les autres, dont moi, ceux qui avaient besoin de plus de temps pour entrer dans le métier, dans une nouvelle vie. Et qui ont souffert. Alors j’aimerais revenir sur des idées reçues énervantes pour qui a connu cette période « bénie », qui ont aidé à justifier cette démolition en règle de la formation initiale.

Non, le « talent » ne suffit pas à faire un bon enseignant

Un des lieux communs les plus têtus, corollaire de l’autorité naturelle, consiste à expliquer, en gros, que le charisme et la maîtrise disciplinaire font le bon professeur et que le reste, on s’en fiche. Si c’était vrai, j’aurais démissionné avant la fin de ma première année. La maîtrise disciplinaire est en effet indispensable, mais ne se reposer que sur elle est dangereux. Il est indispensable d’apprendre à connaître ses élèves, les mécanismes d’apprentissage, comment évaluer, quels contenus et pour quoi faire. Et pour finir, être au fait des enjeux éducatifs et du fonctionnement de notre système me semble être utile pour qui ne veut pas être condamné à avoir en permanence la tête dans le guidon.

Non, la formation théorique n’est pas (forcément) une perte de temps

Quand on débute dans le métier, on a tendance à penser que tout ce qui sort du plus urgent, de l’apprentissage des premiers gestes professionnels, ne sert à rien et est un frein à la progression. Les conditions d’entrée dans le métier n’y sont pas pour rien. On exige trop et trop tôt des stagiaires. L’ennui, c’est qu’une fois que ce raisonnement est installé, il est compliqué d’en sortir. Pourtant, tout comme il faut accepter que les élèves n’entendent pas tout de suite les remarques que nous leur faisons, il faut accepter le fait que dans notre métier, il n’y a pas ou peu de recettes applicables immédiatement, et que beaucoup de ce qu’on reçoit nous servira, une fois qu’on l’aura digéré, en fait plus tard.

Non, la formation actuelle n’est pas parfaite non plus

Même si c’est quand même nettement mieux que ce que les représentants de la génération Chatel ont connu. Il me semble problématique de demander la validation d’un master complet l’année de stage sur le terrain, même si ce qui est demandé aux stagiaires vise à développer des pratiques réflexives. Sans suffisamment de temps pour prendre du recul, la réflexivité ne se fera pas. Il serait donc temps de réfléchir à ce qui serait efficace pour tout le monde et non à ce qui permet de faire des économies: pourquoi ne pas envisager une titularisation sur 2 ans avec prise en charge très progressive des classes? C’est bien sûr une idée parmi d’autres…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :