Archives de Catégorie: politique éducative

Des inconvénients de la surmédiatisation du bac (partie 1)

Un marronnier bienvenu pour certains!

Chaque année, le bac provoque un déferlement médiatique assez comparable à la lourdeur de son organisation. Cela commence avant même le début des épreuves avec les traditionnels reportages sur les candidats les plus jeunes ou âgés de la session, les candidats quadruplés et sur les dernières révisions. Le bac fournit des sujets faciles à traiter à l’approche de l’été, souvent synonyme de relâche dans le traitement de l’actualité, pourtant chargée. Et c’est tout naturellement qu’il permet aussi à différents intellectuels ou personnages publics de s’illustrer, en proposant par exemple leur propre réponse à un sujet de dissertation de philosophie. Cet exercice, devenu traditionnel, peut faire sourire, tant il est en soi dépourvu d’intérêt. Et de fait, il ne sert bien qu’à la personne qui répond et non aux élèves, pourtant les premiers concernés par cette épreuve. Qu’en déduire? Est-ce la conséquence d’un profond intérêt de la Nation pour la jeunesse qu’elle forme? Ou n’est-ce pas le signe que quelques personnes et sujets accaparent l’attention et le débat, au détriment des élèves et de l’éducation?

L’obsession des chiffres et de certaines filières

Le plus agaçant avec le marronnier du bas, c’est qu’il illustre parfaitement les travers de notre système éducatif. On est obsédé par les chiffres: les uns les commentent pour souligner que tout va pour le mieux, avec des taux de réussite record chaque année ou presque. Les autres, plus nombreux, expliquent que ces chiffres sont de la poudre aux yeux destinés à masquer la baisse de niveau constante depuis…. 10, 20, 30 ans, c’est selon. Bien sûr, comme l’essentiel est de dénoncer et surtout de se positionner comme grand défenseur de la culture, aucune proposition pédagogique constructive n’est faite. On se contente de réclamer un retour aux « fondamentaux », qui nous renvoient infailliblement à la question du primaire, et encore. Rien n’est proposé pour les lycéens en difficulté (c’est sans doute qu’il est trop tard), si ce n’est le constat qu’ils « ne sont pas à leur place » ou « qu’ils ne savent rien ». Par contre, il y a du monde pour se poser en garant de l’exigence et considérer que la qualité d’un examen se mesure à son taux d’échec. Et tant pis pour les élèves…

Autre illustration de ces travers, la médiatisation sélective. Les filières générales jouissent de toute l’attention voulue, les filières technologiques sont nettement moins bien loties (sauf, on le verra, pour ce qui est de susciter les rires gras et tout à fait navrants de certains), et le bac professionnel est pour l’essentiel complètement ignoré, y compris par les chantres de l’apprentissage et de l’épanouissement des élèves faibles dans « d’autres filières ». Il faut croire que le technique et le professionnel, ce n’est pas assez vendeur et prestigieux. Et pourtant, la France en a bien besoin, de ces futurs bacheliers!Il me semble que ce désintérêt assez profond est le signe d’un malentendu profond à propos du savoir et de la culture dite classique.

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Réforme du collège: et si on en parlait sérieusement? (partie 2)

L’angle mort de l’éducation prioritaire

Plus j’y réfléchis, plus je me dis que le malaise que j’ai pu ressentir vis-à-vis de cette réforme, du moins vis à vis du volet des langues vivantes,  concerne les effets involontaires qu’elle risque de provoquer dans les zones qu’elle est justement censée aider. C’est un peu ennuyeux… Encore une fois, je regarde cette réforme par le prisme que je connais le mieux, celui des langues vivantes, et plus particulièrement de l’allemand. La suppression sèche des bilangues aurait eu pour effet la suppression de l’allemand LV1 (qui ne se porte déjà pas très bien) et le ministère a donc décidé d’assouplir un peu la mesure en liant l’existence des bilangues à l’enseignement de l’allemand en CM2. Le problème, c’est qu’on manque cruellement de PE habilités à enseigner l’allemand et qu’on ne nous autorise pas, pour l’instant, à y aller nous-mêmes. La conséquence prévisible, c’est que plus encore qu’ailleurs, on est à peu près sûrs que les zones d’éducation prioritaire ne bénéficieront plus des dispositifs bilangues, où ils sont pourtant nombreux et servent à maintenir un peu de mixité sociale notamment, mais pas seulement. Même effet dommageable pour les sections européennes. Je me demande donc s’il ne serait pas pertinent, dans de tels endroits, de maintenir de telles sections. Donner plus à ceux qui ont moins … C’est cela, l’équité: arrêter d’être « indifférent aux différences », selon l’expression chère à Bourdieu, et donner les moyens à ceux qui partent désavantagés d’avoir réellement les mêmes chances que les autres. En tout cas, la situation est involontairement cocasse et montre qu’une approche centrée sur l’élimination des facteurs les plus susceptibles de développer les inégalités scolaires est insuffisante, parce qu’elle finit par occulter les spécificités et les besoins des établissements relevant de l’éducation prioritaire. Jouer sur le seul levier des options, en les supprimant, ne mettra pas fin aux problèmes qu’on y rencontre régulièrement. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que, dans un premier temps, j’ai signé une pétition réclamant le maintien des bilangues. Mais il est temps de se pencher sur les alternatives.

Et maintenant? Les enjeux pour le développement de l’allemand

Ces derniers temps, j’ai souvent, à mon grand dépit, entendu que les problèmes de recrutement d’élèves pour l’allemand ne commençaient certainement pas avec la réforme. C’est tout à fait vrai. Il n’empêche que derrière cette objection de bon sens (ne pas tout mettre sur le dos de la réforme), j’entendais souvent la phrase qui, pour moi, allait avec: « on se moque de votre sort ». Actuellement, il me semble que bon nombre de collègues très investis dans la promotion de la langue allemande, sont dans cet état d’esprit. Il me paraîtrait judicieux que le ministère se penche sérieusement sur les manières de nous aider un peu à trouver des solutions pour démocratiser l’apprentissage des langues à faible diffusion plutôt que de répéter quelques phrases (« l’allemand n’est pas menacé ») qui demeureront sans effet.

Parmi les leviers possibles que je vais citer, beaucoup sont déjà utilisés, mais d’autres demanderaient à être bien davantage développés (et cela ne peut pas venir que des bonnes volontés locales):

  • développer systématiquement les jumelages entre établissements, y compris les échanges en tiers lieu pour les établissements les moins favorisés.
  • permettre aux professeurs des lycées et collèges d’aller initier les élèves de primaire à la langue!
  • développer des formations communes aux professeurs des écoles et de collèges pour mieux se connaître
  • développer les projets linguistiques interdegrés
  • développer fortement l’enseignement de l’allemand en lycée professionnel! Actuellement, des élèves de collèges germanistes sont contraints d’arrêter en seconde pro faute d’enseignement de l’allemand dans l’établissement.
  • faire appel à des partenaires extérieurs et développer les visites d’entreprises allemandes.

Bon, tout ceci est également une sorte de to-do-list personnelle… Parce que cette réforme est aussi l’occasion de se bouger et de faire bouger les choses!


Réforme du collège: et si on en parlait sérieusement? (partie 1)

« On veut tuer l’allemand et le latin! »

Commençons par ce qui me dérange le plus dans cette réforme: la communication du ministère, tout au long du processus de négociation. La réforme nous a été annoncée, pour ne pas dire vendue comme une volonté de promouvoir l’apprentissage des langues vivantes étrangères, par exemple. Et force est de constater qu’au départ, le compte n’y était vraiment pas : 1h de moins en LV1 (3h au lieu de 4) en 6e, et pire encore, le lissage de la LV2 sur 3 ans au lieu de 2 à raison de 2h par semaine. 2h par semaine, c’est complètement inefficace lorsque l’on débute une langue. Cela n’apportait rien, que ce soit en termes d’apprentissage pour les élèves ou en termes de conditions de travail pour les enseignants. Eh oui, cela compte un peu quand même pour que l’école tourne bien. Or, ils perdaient une heure en LV1 sans rien gagner en LV2… Et pour couronner le tout, la ministre, dans la foulée, annonçait la suppression des sections européennes et des classes bilangues. Cela a eu pour effet d’énerver et catastropher la totalité des professeurs de langues vivantes, pourtant pas connus pour être les moins conciliants face aux différentes réformes. Tout le monde, surtout les professeurs d’allemand et d’autres langues à faible diffusion, a concentré son attention sur les heures perdues. Il faut dire que les explications technocratiques autour des « marges profs » étaient technocratiques et confuses. N’aurait-il pas été plus simple d’expliquer qu’elles sont ‘une dotation par classe d’heures de dédoublements ? Pour comprendre l’inquiétude de certains professeurs, il faut savoir qu’un enseignant du secondaire effectue 15 ou 18h hebdomadaires devant élèves . Si son établissement ne dispose pas de la totalité de ces heures, l’enseignant est envoyé dans un autre établissement pour compléter son service d’enseignement. Le problème est que de nombreux professeurs d’allemand enseignent déjà sur deux établissements. Ce n’est déjà pas très pratique pour s’investir dans différents projets. Présentée ainsi, la réforme risquait de multiplier les cas de personnels enseignant sur 3 établissements, voire plus !

Le syndicat dont je suis adhérente, le SE-UNSA, a fait le choix de négocier pied à pied avec le ministère pour obtenir des améliorations sur tous ces points et sur la question des langues anciennes, elle aussi problématique, parce que le ministère a omis de les considérer comme des langues, au départ… Et ce syndicat a effectivement obtenu une demi-heure de plus pour la LV2, enseignée dès la 5e, et le rétablissement de la 4e heure de LV1 en 6e. Mais il était trop tard: l’inquiétude avait déjà pris le dessus, et certains ne demandaient d’ailleurs pas mieux que de l’attiser. C’était d’autant plus facile que de nombreux points sont demeurés en souffrance, et le sont encore aujourd’hui… J’ai donc eu la joie de voir notamment passer des avis de décès de l’enseignement de l’allemand, ma discipline, à l’école…

Privilégier la diversité des offres ou un enseignement commun élargi?

Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, je ne crois nullement que la modification entreprise dans l’enseignement de langues anciennes ou vivantes ait pour but de « niveler par le bas », éternelle tarte à la crème décliniste. Ou qu’elle soit le signe d’une quelconque « haine des savoirs ». Il n’y a certainement pas les défenseurs d’un savoir pur et éthéré d’un côté et les animateurs qui achètent la paix sociale de l’autre.
Non, le dilemme est ailleurs. Le ministère, et bien des sociologues ou experts en sciences de l’éducation avant lui, a fait un constat simple et difficilement contestable, même s’il ne m’est guère agréable. Au collège, on consacre beaucoup de moyens à différentes options, qui souvent favorisent ceux qui ont déjà beaucoup d’un point de vue socio-culturel ou d’un point de vue scolaire. Le but de cette réforme, un peu oublié, est de redéployer les moyens pour que le collège puisse se concentrer sur la réussite de tous, en mettant l’accent sur la prise en charges des élèves plus fragiles ou moins favorisés que les autres. La suppression annoncée des classes européennes et la forte limitation des classes bilangues apparaissent donc comme une décision logique, bien que cela me coûte de le dire. Ces options supprimées permettent de dégager du temps pour les EPI. Ces enseignements interdisciplinaires devront occuper 20% de l’emploi du temps des collégiens. Il s’agira d’heures, qui ne seront pas prises sur le temps disciplinaire, puisqu’il faudra traiter le programme des disciplines pendant ces heures, assez souples (possibilité de co-intervention,…) pour favoriser et garantir la pédagogie de projet. Car celle-ci se heurte jusqu’ici à des obstacles assez nombreux pour qui veut en faire profiter ses élèves. Et les langues vivantes (et anciennes aussi, d’ailleurs) ont tout à gagner à investir des enseignements interdisciplinaires qu’elles pratiquaient déjà à travers les sections euros, par exemple
Bref, le mérite de cette réforme est de faire un vrai choix politique (c’est d’ailleurs pour cela que les réactions sont si violentes) auquel j’adhère, du reste, complètement. Néanmoins, la mise en oeuvre de ce choix risque de poser quelques problèmes, notamment parce qu’une telle réforme, faite à moyens constants, risque de manquer une partie de sa cible, et d’autre part parce que les choix de redéploiement de moyens pourraient avoir dans certains cas l’effet exactement inverse de celui qui est recherché. Parce que la diversité des offres n’est pas toujours un frein à la mixité ou une invitation à former des classes de niveaux.


Réforme du collège: slogans et postures

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réforme du collège ne laisse personne indifférent. Beaucoup de personnes tout à fait extérieures à l’école prennent ces jours-ci leur plus belle plume pour signer des éditos ou tribunes au mieux alarmistes, voire franchement agressives pour dénoncer unanimement la réforme du collège, qui sonnerait la mort de certaines disciplines. Pire, certains articles ou propos font preuve d’une surenchère inquiétante dans l’outrance et ne servent qu’à alimenter un peu plus de vaines polémiques. Aucune discussion réelle ne peut se faire dans ces conditions, dans un contexte où seules les formules cinglantes attirent l’attention.

Cet affrontement médiatique peut prêter à sourire. Les divisions profondes qui traversent le corps enseignant sont, elles, bien plus préoccupantes et se manifestent ces temps-ci avec violence sur les réseaux sociaux. Cela en est arrivé à un point où je me sentirais presque sommée de me prononcer entièrement pour ou contre cette réforme, sans pouvoir émettre la moindre nuance. Or, mon rapport à cette réforme est relativement complexe et ne se laisse pas réduire à des slogans ou à une posture, et c’est pour cette raison que je me suis décidée à ouvrir ce blog.

Dans les articles qui vont suivre, j’essaierai de décrire comment je perçois cette réforme, de mon point de vue de professeur d’allemand.